Behind Bars - Strange New World

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La pandémie, les masques, les confinements, les restrictions concernant les rassemblements de personnes et les déplacements – nous faisons l’expérience d’un étrange monde nouveau. Il y a tout juste un an, ces idées auraient semblé sortir d’un futur dystopique qui nous aurait rappelé les romans de Margaret Atwood ou d’Ursula LeGuin. Mais c’est notre réalité et cela semble devoir le rester beaucoup plus longtemps que ce que nous l’avions anticipé.

La Maison des Chapitres est aussi un monde étrange, inimitable, pleine d’histoires et d’histoire, d’oeuvres et d’objets formant une collection éclectique. L’ancienne résidence de David Galloway, la maison date du quinzième siècle, et a été minutieusement restauré et transformé en un lieu pour la création et l’exposition de l’art contemporain.

La maison va désormais s’ouvrir pour une nouvelle exposition, mais sur la toile de fond de cette époque exceptionnelle où la pandémie limite le mouvement et la vie. Dès lors nous nous saisirons de ce qui est à l’intérieur pour l’exposer dehors. L’exposition vidéo « Derrière les barreaux – Un étrange monde nouveau » lancera l’année 2021 pour la Maison et sera le premier travail artistique que nous partagerons de manière publique. Il s’agira de transformer le corridor d’entrée vers l’atelier et la salle de musique en espace d’exposition, de manière à exhiber des œuvres qui seront projetées sur un écran situé à l’intérieur et tourné vers l’extérieur, ce qui en fera une exposition de rue. Le programme sera composé de six vidéos qui seront projetées trois semaines durant, chacune représentant le point de vue d’un artiste quant à ce que peut signifier la vie dans un monde nouveau et différent.   

Bianca Kennedy & The Swan Collective (20 février, 12-18 heures)

En ouverture de l’exposition, on arrive directement en l’an 4000 avec The Live Beneath. Tous les êtres vivants ont évolué conjointement pour former un réseau, un super-être. Il ne s’agit pas d’une vision futuriste de l’hybridation des espèces mais de la fusion de toutes les espèces. L’enquête consiste alors à comprendre ce que cette fusion a pu engendrer, et ce qu’elle peut signifier. Que peut signifier un « réseau de parenté », tel que le décrit Donna Harraway, ou une « survie collaborative » telle qu’évoquée par Anna Tsing, et jusqu’où pouvons-nous les porter ? 

Kerem Ozan Bayraktar (21 février, 12-18 heures)

Kerem nous présente une série de scénarios post-apocalyptiques dans sa vidéo intitulée Respiration. On peut y voir des images animées représentant le résultat de la grande oxydation survenue il y a 2,4 millards d’années, durant laquelle la plupart des formes de vie terrestres ont été anéanties mais qui a rendu soudainement possible le monde dans lequel Homo Sapiens a pu exister. En même temps, nous sommes ramenés à notre époque moderne et à la catastrophe du corona à travers les gyrophares des ambulances, ce qui souligne la nature circulaire de la vie, de l’existence à la conscience et à la mort. 

Beatriz Morales (27 février, 12-18 heures)

Pendant des milliers d’années, la mythologie a offert un regard sur d’autres mondes, fonctionnant comme une forme de vision hybride de la réalité et de la ficiton. La vidéo Kaan / Kihaab de Beatriz Morales décrit des paysages mexicains progressivement transformés et conquis par une peau de serpent en latex. L’histoire de la représentation des serpents est ancienne, au Mexique. Elle remonte au moins jusqu’aux Aztèques, et un serpent apparaît même sur le blason national. Ici, la légende du serpent est réimaginée et accolée à la musique de Sion Trefors, des racines indigènes, des récits perdus depuis longtemps – tout cela prélevé dans l’histoire et déposé dans notre monde actuel. 

Ayat Najafi (28 février, 12-18 heures)

Ayat Najafi nous propose une nouvelle version du plus ancien de tous les contes, celui de l’épopée de Gilgamesh. Son œuvre, Planter Gilgamesh, croise mythe, fiction, histoire pour rendre compte de la manière dont les Actes de Dieu étaient conçus dans les temps anciens et ce qu’ils peuvent nous apprendre sur les origines du monde naturel et de la société des premières civilisations. Dans le proche-orient ancien, où le monde était peuplé de dieux et où le destin de l’humanité était de les servir, la nature défiante et rebelle de l’homme prend sa forme dans le personnage de Gilgamesh – demi-dieu héroïque qui conquiert la nature et ses protecteurs supernaturels pour accroître sa propre renommée, sa gloire et son royaume.  

Le travail d’Ayat met à jour ce récit pour notre époque contemporaine, en s’intéressant à la disparition de l’eau des terres anciennement fertiles, en contraste avec la crue décrite dans le conte original. L’artiste proposera une performance pour accompagner l’installation vidéo à 17h le jour de la projection. 

Dagmar Schürrer (6 mars, 12-18 heures)

Dans son œuvre Virtualised, Dagmar Schürrers étire des espaces impossibles, produit des formes et des couleurs sur l’écran qui défient la réalité matérielle. Hors du commun, ces images sont presque inimaginables. L’attention de l’artiste se porte sur le virtuel qui, en accord avec la philosophie de Pierre Levy, ne renvoie pas à l’illusoire ou au faux mais plutôt à un niveau additionnel par rapport au réel et à l’actuel (Maja Stark). Il s’agit d’un état du possible, détaché de toute réalité matérielle ou de toute localisation géographique, comme un rêve ou un souvenir ; structure vague avant que de devenir réelle, constamment en flux et distribuée multiplement, flottant en transition et sujette à ses seules lois propres. L’artiste utilise de monde onirique et hardi pour rassembler les gens à travers les espaces virtuels que nous partagerons tous, désormais, cherchant ainsi à nous rassembler dans cette époque fracturée. 

Morehshin Allahyari (7 mars, 12-18 heures)

Dans son projet, Elle qui voit l’inconnu, Morehshin Allahyari s’intéresse aux mythiques Jiin, qui l’influençèrent fortement durant son enfance, comme ce fut le cas pour bien d’autres, en particulier en Iran, son pays d’origine. Existant dans un monde parallèle à celui de l’humanité, les Jiin sont la personnification du libre arbitre et du pouvoir de choisir dans toutes choses. En tant que tels, ils sont adorés par beaucoup. Allahyari réinterprète cette vision classique des Jiin à travers le prisme du genre et du pouvoir. Elle décrit ce travail comme une « re-figuration » et réimagine la notion classique des Jiin dans le contexte de la société contemporaine. Le personnage du Jiin illustré dans son film, Huma, apparaît tout au long des anciens mythes et contes. Elle apporte de la chaleur à l’humanité et elle est responsable d’une fièvre partagée par les humains. Décrite comme une démone à trois têtes et deux queues grâce à l’outil de l’animation 3D, une Gestalt incarnée dans un espace virtuel, elle étend son pouvoir sur notre réalité. 

Toutes ces oeuvres vidéo seront présentées aux côtés d’artefacts issus de la maison de David Galloway, de manière à relier les deux espaces et à créer un espace commun entre les mondes de l’intérieur et de l’extérieur. 

Les artistes:

Kerem Ozan Bayraktar (21.02, 12-18 heures), Bianca Kennedy et le Swan Collective (20.02, 12-18 heures),  Beatriz Morales (27.02, 12-18 heures), Ayat Najafi (28.02, 12-18 heures), Dagmar Schürrer (06.03, 12-18 heures), Morehshin Allahyari (07.03 12-18 heures)

Vernissage : 20 février 2021, à 14 heures

Programmatrice : Sarah Maske

Producteur : Basil Galloway

Lieu : L’Atelier en Commun, 3 Rue Passère